Repas d’affaires, déplacement professionnel, achat de matériel, fournitures, factures de téléphone… Tout auto-entrepreneur effectue des dépenses dans le cadre de son activité. Peut-il tout de même les déduire, comme le ferait une société ? La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît.
Rappelons que le régime de la micro-entreprise fonctionne différemment : il est imposé directement sur le chiffre d’affaires – et non sur le bénéfice – sans tenir compte des charges. Pour autant, les frais professionnels ne sont pas totalement ignorés et il existe une marge de manœuvre.
Abattement forfaitaire, débours, récupération de TVA, refacturation, règles du régime réel… On vous présente les principales règles à connaître sur les charges déductibles pour les auto-entrepreneurs en 2026.
Sommaire
Notes de frais en micro-entreprise : ce qu’elles englobent vraiment
La déduction des frais professionnels en auto-entreprise
Micro-entreprise : le principe d’abattement forfaitaire
Frais de déplacement, frais kilométriques, frais de repas : quelles règles s’appliquent ?
Débours auto-entrepreneur : la différence avec les frais professionnels
La récupération de la TVA sur les frais en auto-entreprise
Autre option : envisager le régime réel pour déduire ses charges réelles
En pratique : l’importance du suivi des dépenses
Ce qu’il faut retenir : le résumé de l’article
FAQ – note de frais auto-entrepreneur
Notes de frais micro-entreprise : ce qu’elles englobent vraiment
Une note de frais est un document qui liste des dépenses professionnelles avancées par une personne, avec l’idée de s’en faire rembourser.
- En entreprise classique : les notes de frais peuvent permettre à un salarié ou à un dirigeant de demander le remboursement d’une dépense engagée pour l’entreprise.
- En micro-entreprise : la logique est différente. L’entrepreneur et son entreprise individuelle ne constituent pas deux personnes juridiquement distinctes. Une dépense payée personnellement pour l’activité reste donc une dépense professionnelle de l’entrepreneur.
👉 Chez Mosselmans & Associés, nous aidons les auto-entrepreneurs à distinguer ce qui relève réellement de leur activité professionnelle, pour sécuriser leur suivi de chiffre d’affaires et leurs déclarations.
La déduction des frais professionnels en auto-entreprise
Un auto-entrepreneur ne déduit pas ses frais professionnels comme peut le faire une société classique. En micro-entreprise, l’impôt et les cotisations sociales se calculent sur le chiffre d’affaires encaissé, pas sur un bénéfice net.
Comme l’indique l’administration fiscale, le micro-entrepreneur doit déclarer son chiffre d’affaires ou ses recettes encaissées, et non son résultat net après charges. Que la dépense soit de 50 € ou de 5 000 €, elle n’a donc aucun effet direct sur le montant déclaré.
Bon à savoir :
Si votre activité génère des charges importantes, il vous appartient d’envisager l’option pour un régime réel d’imposition.
Micro-entreprise : le principe d’abattement forfaitaire
En contrepartie de cette absence de déduction réelle, le régime micro applique un abattement forfaitaire. Il est censé représenter l’ensemble des charges professionnelles, indépendamment de ce que l’auto-entrepreneur dépense vraiment. Le taux dépend de la nature de l’activité, comme indiqué dans le tableau ci-dessous.
Tableau des taux d’abattement forfaitaire selon la nature de l’activité :
| Nature de l’activité | Type d’abattement | Régime fiscal |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, fourniture de logement | 71 % | Micro-BIC |
| Prestations de services commerciales ou artisanales | 50 % | Micro-BIC |
| Activités libérales et prestations de services BNC | 34 % | Micro-BNC |
Un montant minimum d’abattement de 305 € est garanti, même pour un chiffre d’affaires très faible. Cet abattement s’applique automatiquement lors de la déclaration complémentaire de revenus n° 2042-C PRO, sans justificatif à fournir.
Le mécanisme profite surtout à ceux dont les charges réelles sont faibles : un consultant qui travaille depuis un ordinateur portable amorti, par exemple. Il devient moins avantageux pour une activité qui engendre des charges importantes, comme l’achat de matières premières ou la location d’un local.
Bon à savoir :
Cette règle s’applique à la quasi-totalité des frais (loyer, matériel, abonnements, téléphone, essence, assurance professionnelle). Aucun d’entre eux ne vient réduire le chiffre d’affaires imposable.
Frais de déplacement, frais kilométriques, frais de repas : quelles règles s’appliquent ?
C’est l’une des confusions les plus fréquentes chez les auto-entrepreneurs. Le barème kilométrique, les indemnités de repas ou les frais d’hébergement sont des mécanismes propres à la déduction au réel. Or, un micro-entrepreneur ne déduit pas ses charges au réel.
Concrètement :
- Les frais de carburant, d’entretien ou d’assurance du véhicule ne réduisent pas le chiffre d’affaires imposable.
- Le barème kilométrique publié chaque année par l’administration fiscale ne s’applique pas à un auto-entrepreneur qui souhaiterait « déduire » ses trajets.
- Un repas pris avec un client n’est pas déductible du chiffre d’affaires en micro-entreprise.
Ces frais restent malgré tout couverts, en théorie, par l’abattement forfaitaire évoqué plus haut. C’est l’un des points les plus mal compris du régime micro : l’abattement n’est pas calculé dépense par dépense, il est appliqué une fois pour toutes, sans lien avec les frais réellement engagés.
Il existe néanmoins deux façons de traiter certains frais de déplacement sans les perdre :
- les intégrer dans le prix facturé au client,
- ou les faire entrer dans le cadre des débours, sous conditions strictes (voir plus bas).
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Débours auto-entrepreneur : la différence avec les frais professionnels
Trois situations sont souvent confondues, alors qu’elles ont des conséquences très différentes sur le chiffre d’affaires et les cotisations sociales.
| Situation | Facture du fournisseur | Conséquences sur le chiffre d’affaires | Cotisations sociales |
|---|---|---|---|
| Dépense non refacturée | Au nom de l’auto-entrepreneur | Coût à sa charge, sans effet sur le CA | Aucun impact direct |
| Frais refacturés au client | Au nom de l’auto-entrepreneur | Le remboursement entre dans le CA encaissé | Cotisations dues sur ce montant |
| Débours | Au nom du client | Exclu du CA déclaré | Aucune cotisation sur ce montant |
Le débours doit répondre à trois conditions, rappelées par l’URSSAF :
- un mandat donné par le client avant la dépense,
- une facture du fournisseur établie directement au nom du client,
- et un remboursement au montant exact, sans aucune marge.
Attention : si l’une de ces conditions n’est pas respectée, la dépense est requalifiée en chiffre d’affaires classique, avec les cotisations sociales qui vont avec.
Dans le cadre d’une refacturation, le montant remboursé par le client s’ajoute au chiffre d’affaires encaissé.
Exemple concret de débours auto-entrepreneur :
Un consultant achète, pour le compte de son client, un billet de train à 100 €.Si le billet est établi au nom du client, avec son accord préalable, et qu’il lui refacture exactement 100 €, il s’agit d’un débours : cette somme n’entre pas dans son chiffre d’affaires.
En revanche, si le billet est à son propre nom, les 100 € refacturés au client sont intégrés à son chiffre d’affaires.
👉 Pour en savoir plus sur les obligations comptables associées à ces choix, notre article sur la comptabilité d’un auto-entrepreneur détaille les documents à conserver au quotidien.
La récupération de la TVA sur les frais en auto-entreprise
La récupération de la TVA dépend directement du statut TVA du micro-entrepreneur.
Par défaut, l’auto-entrepreneur relève de la franchise en base de TVA : il ne facture pas de TVA à ses clients, et ne peut pas non plus la récupérer sur ses achats professionnels.
Les seuils de franchise en base de TVA applicables en 2026 sont les suivants :
| Type d’activité | Seuil de base | Seuil majoré |
|---|---|---|
| Prestations de services | 37 500 € | 41 250 € |
| Vente de marchandises | 85 000 € | 93 500 € |
Au-delà du seuil de base, l’auto-entrepreneur devient redevable de la TVA, tout en restant éligible au régime micro tant qu’il ne dépasse pas le plafond de chiffre d’affaires propre à ce statut.
Pour rappel, en 2026-2028, les plafonds de chiffre d’affaires sont les suivants :
- 83 600 € pour les prestations de services,
- 203 100 € pour la vente de marchandises.
Une fois assujetti, il peut alors récupérer la TVA payée sur ses achats professionnels justifiés, selon les règles applicables à toute entreprise.
Bon à savoir :
Tant que l’auto-entrepreneur reste sous le seuil de franchise, la TVA payée sur ses frais reste définitivement à sa charge, comme pour un particulier.
Autre option : envisager le régime réel pour déduire ses charges
L’abattement forfaitaire n’est pas toujours avantageux. Il peut notamment l’être moins lorsque les dépenses professionnelles sont importantes par rapport au chiffre d’affaires.
Trois profils sont particulièrement concernés :
- Les activités libérales en BNC, avec un abattement de 34 %, lorsque les dépenses de local, de matériel ou de sous-traitance sont élevées.
- Les activités à faible marge, pour lesquelles le coût des achats représente une part importante du prix de vente.
- Les auto-entrepreneurs avec un investissement important au cours d’une année (véhicule, matériel…), sans pouvoir l’amortir dans le régime micro.
Lorsque les dépenses sont durablement élevées, il peut alors être intéressant d’opter pour un régime réel d’imposition, voire d’envisager un changement de statut juridique (EURL, SASU…), afin de pouvoir déduire les dépenses professionnelles.
👉 Dans notre article Travailleurs indépendants : 10 conseils pour bien se lancer, on vous aide à comprendre comment bien choisir votre statut au moment de la création d’entreprise.
👉 Vous pouvez également consulter notre guide des tarifs d’un expert-comptable, pour mieux anticiper le coût de cet accompagnement.
En pratique : l’importance du suivi des dépenses
Au quotidien, il est utile de conserver ses justificatifs de frais, même s’ils n’ont pas d’incidence sur le chiffre d’affaires imposable.
Cela permet de :
- Connaître la rentabilité réelle de l’activité, au-delà du seul chiffre d’affaires.
- Justifier un débours ou une refacturation en cas de contrôle.
- Anticiper un éventuel passage au régime réel, qui nécessitera un historique de charges.
- Fixer des tarifs cohérents, qui englobent réellement les frais engagés.
Chaque activité a ses propres spécificités (charges déductibles, taux, marges de manœuvre).
Le cabinet Mosselmans & Associés vous accompagne dans le choix de votre régime fiscal,
mais aussi au quotidien pour tenir votre comptabilité.
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F.A.Q. – Note de frais auto-entrepreneur
Un auto-entrepreneur peut-il faire une note de frais ?
Il peut établir un document interne pour suivre ses dépenses professionnelles, mais il n’a pas d’employeur à qui la présenter pour remboursement. Cette note de frais n’a aucun effet sur le calcul de son chiffre d’affaires imposable.
Un auto-entrepreneur peut-il déduire ses frais professionnels ?
Non. Le régime micro-fiscal remplace la déduction des charges réelles par un abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité), appliqué automatiquement sur le chiffre d’affaires déclaré.
Quels frais peut-on passer en débours en micro-entreprise ?
Les dépenses engagées au nom et pour le compte du client, à condition qu’un mandat existe, que la facture du fournisseur soit établie au nom du client, et que le remboursement corresponde au montant exact, sans marge.
Quelle est la différence entre une note de frais et un débours ?
La note de frais suit une dépense engagée au nom de l’auto-entrepreneur ; son remboursement éventuel entre dans le chiffre d’affaires. Le débours concerne une dépense engagée au nom du client dès l’origine ; il est exclu du chiffre d’affaires déclaré.
Un auto-entrepreneur peut-il récupérer la TVA sur ses frais ?
Seulement s’il est assujetti à la TVA, c’est-à-dire s’il a dépassé le seuil de franchise en base (37 500 € pour les services, 85 000 € pour la vente en 2026) ou s’il a opté volontairement pour la TVA. En franchise, la TVA payée sur les achats reste à sa charge.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas un accompagnement personnalisé par un expert-comptable ou un organisme compétent.
Sources :
https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F23267
https://www.urssaf.fr/accueil/actualites/taux-cotisations-autoentrepeneur.html
